LETTRE A M. PAULTON

Tous ceux à qui je l’ai donné ne cessent de manifester leur surprise à l’égard des faits graves qui y sont révélés.

Frédéric Bastiat
Œuvres Complètes, tome VII, pages 374 à 377
29 juillet 1845

Frédéric Bastiat adresse ici à Abraham Walter Paulton des exemplaires de son ouvrage Cobden et la Ligue qui vient d’être publié. Il se désole du faible accueil réservé en France à ce livre qui décrit, à travers la traduction des discours de la Anti Corn Laws League, le mouvement libéral en Angleterre, c’est l’objet de la citation d’aujourd’hui.

La note optimiste qui transparaît est qu’il est apprécié du peu de lecteurs qu’il touche, que ce soit Hippolyte Passy, pair de France et ancien ministre du commerce ou M. De Langsdorf, chargé d’affaires au Grand-Duché de Bade. Cependant, ce dernier a découvert l’existence des travaux de la Ligue à travers cette lecture, soulignant l’absence totale de connaissances à ce sujet en Allemagne.

Ce que nous montre cette lettre, c’est la difficulté qu’il y avait à faire circuler les idées libérales à l’époque dans les pays où la presse ne s’y intéressait pas. Cela me remémore la problématique qui a couru jusqu’à la fin du XXème siècle quand l’accès à l’information était compliqué: dans ma jeunesse, la pensée libérale aux Etats-Unis était moquée en France et la plupart d’entre nous prenait pour argent comptant ce qui en était dit (Milton Friedman était un gros mot dans ma famille par exemple et seuls quelques initiés ont pu alors le découvrir dans le texte). Aujourd’hui, l’accès à internet met aisément à la disposition de tout un chacun les textes et vidéos de tous ceux qui expriment des idées non conformes à la doxa officielle, je trouve cela admirable.